
Une délégation de l’APBG, composée de David Boudeau, Gilbert Faury et Marc Jubault-Bregler, a été reçue au ministère par le conseiller du Ministre Edouard Geffray aux affaires pédagogiques, Jean-Baptiste Rota et Catherine Albaric-Delpech, sous-directrice des savoirs fondamentaux et des parcours scolaires au sein du service de l’instruction publique et de l’action pédagogique à la Dgesco.
La situation de l’enseignement des sciences est très préoccupante en France. Des actions ont été mises en œuvre par les ministères successifs pour y remédier… sans succès : plan sciences au primaire, plan Filles et maths, groupes de besoin en maths et français, sans compter la récente réforme systémique du lycée.
Même si nous pensons que ces actions avaient pour objectif d’améliorer la situation, elles ont eu des conséquences néfastes sur l’enseignement des sciences expérimentales et surtout des SVT au collège comme au lycée. Nos décideurs auraient été inspirés de mieux écouter le terrain et donc les associations disciplinaires comme l’APBG…
Par conséquent nous ne pouvons que constater une dégradation des conditions d’enseignement des SVT en collège, la baisse d’appétence pour les sciences et la diminution régulière d’année en année des élèves poursuivant les SVT en cycle terminal et enfin une diminution des étudiants dans certaines filières clés et importantes pour la Nation France comme la pharmacie, les géosciences, les filières en agronomie, l’environnement, la transition écologique de notre industrie, la préservation de la biodiversité, la santé humaine…
Il nous paraissait nécessaire de rencontrer notre ministre, nouvellement en place, Mr Edouard Geffray.
Aussi, voici les éléments et les réponses évoqués lors de l’audience. (Les réponses de M. Rota et Madame Albaric-Delpech sont en italiques)
Pour pouvoir faire correctement notre travail et assurer notre mission d’enseignant, il nous faut les moyens de transmettre les connaissances et les compétences liées à notre discipline et par la même occasion développer l’appétence pour les sciences dès le collège pour les filles et les garçons.
Pour ce faire, nous demandons d’améliorer les conditions d’enseignement des SVT par une priorisation des moyens de marge pour des groupes.
Le conseiller est intimement convaincu que pour faire des sciences expérimentales il faut manipuler en séances de travaux pratiques, cependant il relève de l’autonomie des établissements de proposer une répartition équilibrée des marges horaires. Le conseiller n’est pas certain que le dédoublement soit nécessaire sur toutes les séances. Il est peut-être à regretter que les savoirs fondamentaux aient été polarisés sur les disciplines comme le français et les mathématiques car il faudrait davantage parler de compétences de la langue et du calcul qui peuvent être dispensées dans les autres disciplines. Il y a certainement un équilibre à trouver. Les 3 heures de DHS mutualisées servent à la promotion des sciences mais aussi des langues et d’autres dispositifs, projets. Il n’est pas question que la rue de Grenelle donne des consignes claires sur la priorisation des DHS sur les sciences comme pour toute autre discipline.
Nous regrettons un tel discours, car pour ce qui concerne l’APBG nous ne parlons pas de dédoublement, mais uniquement de priorisation et de fléchage d’une partie de l’horaire pour constituer des groupes à effectifs réduits nécessaires pour faire des séances de TP. Nous avons rappelé que nous avons des programmes à dispenser, des compétences scientifiques à enseigner sur lesquelles les élèves sont évalués au DNB. Donc, il faut que soit possible la constitution de groupes à effectifs réduits, groupes que nous voyons disparaître d’année en année, comme nous l’indique notre enquête de rentrée (conclusions remises à Mr Rota).
Nous regrettons que le ministère ne donne pas de telles préconisations sur la priorisation des 3 heures de DHS par division pour les sciences expérimentales et donc les SVT. Ce sera encore et toujours la foire d’empoigne dans les conseils pédagogiques pour bénéficier de ces groupes !
Dans un second temps, nous avons évoqué le plan « filles et maths » mis en place par la Ministre Élisabeth Borne en mai dernier. L’APBG avait déjà réagi par une publication dans « Le Monde » dénonçant l’impact négatif de ce plan sur l’enseignement des SVT au collège comme au lycée. Pour l’APBG ce plan restera contre-productif car ce n’est qu’en passant par une réforme structurelle au lycée que se fera le rééquilibre en faveur des filles dans la poursuite des carrières scientifiques et d’ingénieures. C’est la réforme du lycée qui a creusé cette inégalité filles-garçons.
Deux points de ce plan ont été évoqués : la mise en place des classes à horaire aménagé sciences (CHAMS) et la recommandation d’augmenter de 30 000 d’ici 2030 le nombre de filles n’abandonnant pas la spécialité Maths en terminale.
Concernant les CHAMS, il y a eu un malentendu et un amalgame entre la promotion des sciences en général et celle de parcours scientifiques égalitaires (filles/garçons). Actuellement une réflexion est engagée sur les CHAMS, sur comment on organise la suite sur la prochaine rentrée scolaire. Le conseiller a précisé, qu’au collège, il serait assez intelligent de considérer l’ensemble des sciences dans ces CHAMS et donc de ne pas exclure les SVT. L’APBG restera vigilante sur ce point.
Concernant l’augmentation de 30000 filles d’ici 2030 n’abandonnant pas la spécialité en terminale, pour l’APBG et aussi d’autres associations disciplinaires et collectifs de mathématiques, la seule possibilité pour conserver la spécialité mathématiques en terminale en ne créant aucun manque dans la formation des lycéens sur les autres sciences comme SVT, NSI ou SI est de renoncer à l’abandon d’une spécialité entre la première et la terminale.
Même si le conseiller reconnaît que la réforme du lycée a davantage fait la part belle aux humanités au détriment de la transversalité et de la complémentarité des sciences, à l’heure actuelle, la position du ministre est de ne pas toucher à la réforme du lycée et du BAC. Ce n’est ni le bon temps politique ni sa volonté de le faire. Le système a besoin de stabilité. Cette question devra être mise dans le débat public au moment des prochaines échéances électorales. Le gouvernement actuel n’ira pas sur ce terrain. Aucune modification de la structure du BAC ou du lycée ne sera faite sous ce gouvernement.
Un dernier point a été évoqué et pas des moindres, les projets de programmes des cycles 2, 3 et 4. Pour l’APBG, ces projets de programmes au collège sont nécessaires pour deux raisons simples. La première est de faciliter l’organisation des progressions et des enseignements ; en effet les projets sont rédigés par niveau et plus par cycle. La seconde est qu’il faut pouvoir s’adapter aux nouvelles connaissances et thématiques importantes au vu des sujets préoccupants du moment comme l’environnement et la santé que tout élève en France doit connaître.
La consultation organisée par la Dgesco va bientôt démarrer. Pour les cycles 2 et 3 avant le printemps de cette année et pour le cycle 4 en fin d’année scolaire. Même si le timing n’a pas été totalement arbitré, à l’heure actuelle, une entrée en vigueur à la rentrée 2027 est prévue pour les cycles 2 et 3 et pour la rentrée 2028 pour le cycle 4.
Que de temps perdu !!! Nous accueillons positivement cette nouvelle. Cependant nous faisons remarquer qu’une mise en œuvre progressive est à privilégier. Sur ce point, le conseiller nous répond que cela n’est pas non plus arbitré, mais au vu des échéances politiques, le ministre souhaite une mise en œuvre rapide des textes pour qu’une contestation ne puisse pas s’immiscer dans l’élection présidentielle. En effet, en Histoire-Géographie et même en SVT des sujets des programmes pourraient porter à polémique pendant la campagne. Donc une publication rapide est nécessaire, avant les élections présidentielles.
Nous signalons que certaines inspections ont indiqué que ces projets peuvent inspirer une progression tout en respectant les programmes actuels. Quelques formations « nouveaux programmes » avaient même été programmées en septembre 2025, anticipant probablement la validation des projets de programmes par le ministère. Ainsi les enseignants devraient composer entre un programme officiel et des préconisations, ce qui compliquerait la mise en œuvre pédagogique ? On nous répond que cette orientation ne doit pas avoir lieu et que seuls les programmes actuels et officiels sont à appliquer.
Par rapport aux nouveaux programmes, nous avons soulevé l’incohérence du dernier BO qui stipule que le DNB 2027 porterait sur le programme de 3ème alors que d’ici là, le programme qui sera toujours en vigueur est l’actuel c’est-à-dire un programme de cycle qui ne définit pas les notions explicites de troisième.
Sur ce point, Mme Albaric-Delpech nous indique qu’il y a bien un point de correction à opérer dans le BO pour que la session 2027 du DNB puisse toujours porter sur les notions du cycle 4 comme actuellement.
L’APBG demande que la note de chacune des deux disciplines dans l’épreuve écrite de sciences soit communiquée. Elle demande également que les élèves composent sur 2 copies séparées pour faciliter les corrections des enseignants. Le conseiller a noté les demandes.
Le livret scolaire unique (LSU), à remplir en fin de chaque cycle, est toujours basé sur l’ancien Socle commun. Le projet publié par le CSP en avril 2025 est aussi mis en attente, comme les projets de programmes. Le LSU sera-t-il modifié ou maintenu en l’état ? On nous répond que le LSU est maintenu en l’état pour 2026.
En conclusion, nous sortons de cette audience certes soulagés de savoir que des programmes de collège rédigés par niveau, comme nous le demandons depuis 2015, soient enfin mis en route, mais nous sommes également très mécontents que la situation politique actuelle ne puisse ni sur le terrain politique ni sur le terrain budgétaire aboutir à des réformes nécessaires à la bonne marche de l’enseignement des SVT au collège et au lycée.
Nous donnons rendez-vous aux futur.e.s candidat.e.s à l’élection suprême pour se positionner clairement sur les réformes dont notre système éducatif à besoin pour faire de nos enfants futur.e.s citoyen.ne.s éclairé.e.s et épanoui.e.s dans une république libre.
