1. Contexte
Les représentants de la DGESCO et du Conseil supérieur des programmes (CSP) ont rappelé le cadre de la révision :
- Lettre de saisine de mars 2024.
- Groupe de travail du CSP sur le programme de SVT cycle 4 piloté par deux inspecteurs généraux, Jean‑Marc Moullet et Bertrand Pajot, avec la participation de 2 enseignants de collège, de 2 inspecteurs territoriaux et d’un scientifique de référence (Karim Benzerara, géosciences).
- Publication du projet de programme : juillet 2025
- Consultation nationale du 18 mai au 19 juin ouverte à l’ensemble des personnels
- Consultation réalisée auprès des corps d’inspection territoriaux
- Consultation des organisations syndicales à venir
- Sociétés savantes ou experts peuvent faire des retours écrits sur ce projet
2. Les grands objectifs annoncés de cette révision
Les principaux objectifs de cette révision sont les suivants :
- Introduire comme entrée du programme la notion d’« habitabilité de la Terre », afin de structurer l’ensemble des apprentissages autour des conditions permettant la vie et de leurs évolutions.
- Réorganiser le programme selon un découpage annuel plus lisible et progressif.
- Clarifier les attendus de formation ainsi que les limites des contenus à enseigner.
- Repenser la structure du programme en dépassant le triptyque traditionnel « Terre – Vivant – Santé » au profit d’une organisation articulant les Sciences de la Vie et les Sciences de la Terre autour de deux grands ensembles : « Terre et vivant » et « Corps humain et santé », dans une perspective de biogéosciences et One Health.
- Assurer une meilleure cohérence d’ensemble grâce à une approche spiralaire et systémique des apprentissages. Des cartes conceptuelles ont été élaborées et seront mises à disposition afin de montrer l’articulation et la progression des notions entre la 5e, la 4e et la 3e.
- Alléger et clarifier le vocabulaire scientifique afin de limiter la surcharge lexicale et de recentrer les apprentissages sur des concepts structurants.
- Actualiser les contenus en intégrant davantage les avancées récentes dans les domaines des biogéosciences, de la dynamique de la Terre et du vivant, du climat, de la biodiversité et de la santé, en lien avec les enjeux contemporains et les futures évaluations internationales, notamment PISA 2028.
- Combattre l’idée selon laquelle les SVT reposeraient essentiellement sur l’apprentissage par cœur de notions et de vocabulaire, en mettant davantage l’accent sur la compréhension des phénomènes et des concepts scientifiques.
3. Observations générales sur les projets de programmes
Nous avons salué :
- La structuration annuelle claire du programme facilitant la programmation dans les établissements et pour les professeurs remplaçants.
- La meilleure lisibilité des contenus, avec des objectifs d’apprentissage explicites, des limites précisées et des exemples de réussite, particulièrement utiles pour les collègues débutants ou vacataires.
- La pluralité de démarches pédagogiques mentionnée, qui marque la fin de l’hégémonie implicite de la seule démarche d’investigation et redonne de la liberté pédagogique aux enseignants. → Le groupe de travail a souligné que cela avait été toujours été le cas.
- La mise en avant du réel, du terrain et des manipulations comme supports privilégiés pour l’enseignement des SVT.
- La présence d’un développement consacré à l’égalité filles-garçons et à la visibilité des femmes scientifiques
L’AFPSVT a partagé ces points positifs.
Des points de vigilance ont toutefois été fortement soulignés :
- Le caractère ambitieux du programme, notamment en 4e et 3e, avec une inquiétude récurrente sur la lourdeur globale et la capacité à tout traiter dans les conditions réelles de classe (effectifs, moyens, profil des élèves). → Le groupe de travail s’est particulièrement appuyé sur les deux professeurs de collège afin d’ajuster au mieux le contenu du programme.
- Le risque d’un spiralaire vécu comme une fragmentation et une redondance si trop de thèmes reviennent chaque année, avec la crainte d’entendre « on l’a déjà vu l’an dernier » sans réel approfondissement. → Le groupe de travail insiste sur la nécessité de renforcer à la fois la la mémorisation des concepts et l’exposition à des tâches complexes. L’AFPSVT est aussi favorable au spiralaire tel que dans le projet de programme.
- La tension entre la volonté d’alléger le vocabulaire (réduction des notions comme « allèle » ou « gène ») et la nécessité de doter les élèves d’un lexique scientifique structurant, dans un contexte de grande pauvreté lexicale. → Le groupe de travail a indiqué que le professeur pouvait proposer d’autres éléments de vocabulaire, sans que ceux-ci soient requis lors des évaluations.
- L’importance donnée, dans le projet de programme, aux notions de cycles de matière et de flux, de temps de résidence pour structurer la compréhension des systèmes, ce qui est intéressant pour installer l’idée de dynamique des systèmes (bio‑) géologiques et biologiques, à condition que le niveau d’abstraction reste accessible aux élèves de cycle 4. → Nous sommes en concordance avec l’AFPSVT.
- L’APBG attire cependant l’attention sur la complexité potentielle de ces notions
- Concernant l’intelligence artificielle, il a été demandé d’assurer une cohérence plus explicite avec le cadre d’usage de l’IA en éducation, notamment pour les outils d’IA générative utilisables uniquement à partir de la classe de 4e sous supervision. → Il est déjà prévu une réécriture de cette partie. Le groupe de travail précise que les IA analytiques ne sont pas concernées par ce cadre d’usage.
- Une référence explicite au Cadre de Référence des Compétences Numériques (CRCN) semble souhaitable ainsi qu’aux compétences visées.
4. Moyens de mise en œuvre
Nous avons rappelé que l’enseignement des sciences de la vie et de la Terre repose sur le réel, le terrain et la pratique expérimentale, qui constituent l’un des principaux leviers de motivation et d’engagement des élèves dans la discipline comme l’indique le projet de programme de SVT dans son préambule. A ce titre, nous avons souligné que ces ambitions ne pourront être pleinement réalisées sans conditions matérielles adaptées. Nous avons insisté en particulier sur la nécessité de séances de travaux pratiques en groupes allégés, qui seules permettent :
- une réelle manipulation par les élèves ;
- l’apprentissage sécurisé des gestes techniques ;
- l’éducation aux règles de sécurité, d’hygiène et de bon usage du matériel scientifique ;
- le développement de l’appétence pour les sciences, condition essentielle de l’orientation vers les filières scientifiques.
Nous avons donc demandé que cette exigence soit explicitement mentionnée dans le programme, par l’ajout, à la fin du passage du préambule consacré aux démarches scientifiques (« observations, expérimentations, modélisations »), d’une référence claire à la mise en œuvre de travaux pratiques en groupes allégés.
Pour conforter cette demande, nous avons pu nous appuyer sur la note publiée par la DEPP en avril 2026, qui met en évidence plusieurs constats préoccupants :
- seuls 44 % des élèves de 3e maîtrisent les connaissances scientifiques générales ;
- moins d’un élève sur deux est capable de mobiliser un esprit critique suffisant pour distinguer ce qui relève du champ scientifique ;
- 59 % des élèves déclarent réaliser peu ou pas de manipulations expérimentales en classe ;
- seuls 16 % affirment avoir déjà conçu eux-mêmes une expérience.
Pour nous, le recul des pratiques expérimentales, lié notamment à la disparition progressive des groupes de sciences au collège et à l’insuffisance des crédits pédagogiques permettant le renouvellement du matériel, compromet directement l’atteinte des objectifs affichés par le ministère en matière de raisonnement scientifique, d’esprit critique et de lutte contre les théories d’irrationalité.
→ Les représentants de la Dgesco ont rappelé que l’organisation des enseignements (groupes, dotations horaires, modalités de travaux pratiques) relève de l’autonomie des établissements et n’a pas vocation à être prescrite dans les programmes. Ils ont toutefois reconnu l’intérêt d’une référence plus explicite aux travaux pratiques dans le préambule.
→ Le groupe de travail a également souligné le rôle des ressources d’accompagnement, des formations académiques et des productions pédagogiques destinées à expliciter les finalités de la discipline auprès des équipes de direction. En particulier, la construction d’un projet de discipline apparaît comme un levier pertinent pour faire mieux connaître les activités menées en travaux pratiques, ainsi que la nécessité de travailler en effectifs réduits.
5. Points de contenu disciplinaire
Nature des pratiques et des savoirs scientifiques
L’approche fondée sur l’histoire des sciences et la construction progressive des connaissances a été largement appréciée.
Toutefois, l’AFPSVT souhaite éviter une représentation de la science réduite à une simple accumulation de faits observés. L’association rappelle l’importance des modèles, des théories et des démarches de conceptualisation dans l’élaboration des connaissances scientifiques et souhaite que cette dimension soit davantage explicitée dans les textes.
Géologie et climat
La place renforcée accordée à la géologie dans les nouveaux programmes.
Nous nous sommes néanmoins interrogés sur la concentration d’un ensemble important de notions en classe de 3e, potentiellement au détriment d’autres thèmes structurants, notamment la phylogénie.
Nous avons demandé si la notion de pression, introduite dès la 5e, était déjà acquise dans le cadre des Sciences physiques et chimiques. → Le groupe de travail indique que ce point a été travaillé en lien avec celui de SPC.
L’AFPSVT a également souligné le caractère relativement « descendant » de la progression proposée, construite à partir des enveloppes terrestres et de la notion d’habitabilité. Elle souhaiterait que les concepts soient davantage construits à partir de l’observation du terrain, des paysages et des objets géologiques, conformément à une démarche plus inductive.
Génétique
Les retours du terrain montrent en effet que des notions telles que « gène » ou « allèle », lorsqu’elles sont correctement introduites et travaillées, constituent des concepts structurants qui aident les élèves à organiser leur pensée et à comprendre. Nous attirons ainsi l’attention sur le risque d’appauvrir l’enseignement de la génétique sous couvert de simplification, au détriment de la continuité avec les apprentissages du lycée.
Photosynthèse et respiration
Par ailleurs, nous avons alerté sur le traitement de la photosynthèse en classe de 4e sans référence explicite à la respiration des végétaux. L’absence de mise en relation entre ces deux processus biologiques risque d’entretenir ou de renforcer certaines conceptions erronées fréquemment observées chez les élèves : l’idée que les plantes ne feraient que produire du dioxygène et ne respireraient pas. Il nous semble donc important de maintenir un lien explicite entre respiration et photosynthèse afin de favoriser une compréhension cohérente du métabolisme végétal et des échanges de matière et d’énergie au sein des écosystèmes.
Circulation sanguine
L’absence de référence explicite à la circulation pulmonaire apparaît problématique. Cette notion constitue en effet un élément essentiel de la compréhension du trajet des gaz respiratoires et de l’organisation générale de la circulation sanguine.
Sciences participatives
L’AFPSVT et l’APBG, regrettent l’absence de référence explicite aux sciences participatives, qui constituent pourtant un support pédagogique particulièrement pertinent pour l’étude de ces thématiques et permettent d’associer les élèves à des démarches scientifiques authentiques. → Cela va être ajouté explicitement.
6. Divers
Socle commun de compétences et lisibilité pour les collègues
Nous les avons interrogés sur l’articulation entre le projet de programme de SVT cycle 4 et le nouveau socle commun de connaissances, de compétences et de culture, dont la réécriture est en cours car, en l’état, l’absence de texte stabilisé complique le travail au quotidien, notamment pour renseigner le LSU, piloter les progressions de cycle et préparer le contrôle continu du DNB.
→ Les représentants institutionnels ont indiqué que le socle faisait l’objet d’un projet publié sur le site du CSP et que des ajustements restaient à venir, y compris pour préciser les attendus de fin de cycle.
Nous insistons pour que, dès que le socle sera finalisé, une clarification écrite précise l’articulation entre ce socle rénové, les nouveaux programmes et les modalités d’évaluation, afin de donner aux équipes une vision cohérente des objectifs à atteindre.
DNB
L’articulation entre le nouveau diplôme national du brevet (DNB), ses modalités et l’entrée en vigueur progressive des nouveaux programmes de SVT au cycle 4.
→ Les représentants institutionnels ont indiqué qu’un texte spécifique devait préciser cette corrélation, en particulier pour la 3e, mais qu’il n’était pas encore publié à la date de la réunion. Cependant, pour l’instant c’est bien sur l’ensemble du programme actuel du cycle que porte le DNB.
7. Calendrier de mise en œuvre
Le calendrier envisagé (non définitivement validé) serait :
- Publication automne 2026
- Rentrée 2027 : mise en œuvre en 5ème
- et entrée progressive des autres niveaux
Une ré-écriture des programmes de lycée n’est pas prévue à ce jour.
Le socle commun des compétences est en cours de relecture.
Représentants de l’APBG présents :
- Gilbert FAURY
- Perrine DOUHÉRET
Représentante de l’AFPSVT présente :
- Maud PELÉ
Participants institutionnels :
- Sophie PONS, cheffe du bureau des contenus pédagogiques et des langues à la Dgesco, inspectrice d’académie
- Bertrand PAJOT, Inspecteur général honoraire de l’Éducation, du Sport et de la Recherche, collège d’expertise disciplinaire et pédagogique en sciences et technologies du vivant, de la santé et de la Terre
- Jean-Marc MOULLET, Inspecteur général de l’Éducation, du Sport et de la Recherche, collège d’expertise disciplinaire et pédagogique en sciences et technologies du vivant, de la santé et de la Terre
- Rénald ESTAVOYER, chargé d’études en SVT, bureau des programmes et ressources pédagogiques à la Dgesco
